Duel de vendange !

Pour vendanger une récolte il n’y a à priori pas 36 solutions, à la mano ou sur la machine. En théorie la première solution semble préférable, mais la réalité est un peu plus subtile. Duel de vendange dans cet article pour apporter quelques éclaircissements.

À ma droite, « New Holland Braud 9080L »

  • 3,63 mètres pour 5,8 tonnes
  • 4 roues motrices
  • 14 secoueurs/batteurs
  • signes particuliers : redoutable efficacité, infatigable, brutalité difficile à maitriser

À ma gauche, « Hugo »

  • 1,83 mètres pour 65kg
  • 2 jambes affutées
  • 2 bras articulés
  • signe particulier : méticuleux et précis, expérience en cuverie, tous les aléas liés à l’humain.

« À la mano »

Les vendanges manuelles sont le plus souvent affiliées aux vignobles difficile d’accès (comme sur les coteaux abruptes de Collioures ou Condrieu) mais aussi aux appellations prestigieuses. Ce type de vendange est également obligatoire dans certaines régions comme dans le Beaujolais ou en Champagne où les grappes entières doivent être récoltées. Dans d’autres appellations cela est nécessaire, notamment pour les grands liquoreux (type Sauternes)  pour lesquels on récolte baies par baies les raisins botrytisés (atteints de pourriture noble). Pour d’autres cette méthode s’inscrit simplement dans la recherche d’une démarche qualitative. Enfin, certains cépages fragiles comme le Pinot Noir ne supporte que les vendanges manuelles.

Quoi de mieux qu’une belle et bonne vendange manuelle ? des bons vendangeurs qui savent choisir le raisin, reconnaitre une grappe mûre ou non, manier le sécateur avec précision, etc. On est d’accord il n’y a pas mieux. MAIS, ces bons vendangeurs se font rares, très peu ont le temps de passer par la case formation auprès du vigneron ou du responsable de cave. Tout va très vite dans ces moments-la et les vendangeurs non initiés gonflent souvent les rangs.

Alors oui, vendanger à la main n’abime pas la vigne et permet de trier les grappes directement à la récolte. À condition de s’assurer que les vendangeurs soient opérationnels à 100%, et surtout à condition d’en avoir les moyens ! En effet, mobiliser une troupe de vendangeur sur un domaine de 40ha pour vinifier des vins vendus moins de 10€ n’est pas économiquement viable.

« À dos de machine »

On cherche encore les vignerons mentionnant « récolté à la machine » sur leurs bouteilles. Même si les progrès techniques des machines sont indéniables, ces hauts et lourds tracteurs restent mal perçus et renvoient souvent une image peu qualitative et de production de masse sans grand intérêt.

Les machines, munies de batteurs, secouent les ceps et font tomber les grains sur un tapis mobile. Un ventilateur éliminant la plus grande partie des feuilles. Certes cette méthode est plus violente qu’une paire de main mais dans certains cas cela s’avère être une bien meilleure solution ! Si le terrain s’y prête, si les cépages sont suffisamment résistants et s’il ne faut pas produire un vin exceptionnel, la machine est la bonne solution. Elle peut également sauver le travail de toute une année, permettre une grande réactivité et fonctionner de jour comme de nuit et ainsi éviter une dernière vilaine pluie ou tout autres aléas.

Mal conduit cet équipement peut effectivement endommager les pieds de vigne , oxyder les baies et ramasser tout et n’importe quoi, feuilles, baies abimées, escargots (sauf si le vigneron est équipé d’une table de trie). En revanche, dans des conditions maitrisées à la fois au niveau du vignoble, de la machine et de la cave cet outil se montre à la hauteur d’une main d’homme, et peut s’avérer bien plus avantageuse pour le vigneron. Des essais menés par l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) mettant en parallèle les deux modes de récoltes n’ont aucunement remis en question l’utilisation de la machine. Mais même bien conduite, cette méthode permet de ramasser seulement les baies et non les grappes entières limitant donc les styles de vins produits.

Dernier point, ces machines coutent très cher. Elles sont donc soit utilisées sur des grands domaines, soit achetées en commun, soit louées.

Résultat final

Vous l’aurez compris, pas de vainqueur par KO pour ce match. Chacune des deux méthodes à ses avantages et inconvénients, il faut principalement retenir que :

  • l’environnement et le type de vin (non pas de bonne ou de mauvaise qualité) sont les deux principaux critères de choix dans l’utilisation de l’une ou l’autre méthode.
  • Une vendange manuelle sera forcement toujours plus qualitative qu’une vendange mécanique
  • Lorsque vous achetez un vin entre 3 et 6 €, bio ou non, il y a une forte chance qu'il provienne de vendanges mécaniques, sinon le producteur ne s'en sortirait pas. Si les vignes ont été bien préparées, et si la machine est moderne dans sa conception, le résultat devrait être satisfaisant.

Une partie importante du travail de viticulteur est de faire des arbitrages difficiles en gardant toujours à l’esprit que le plus important est le résultat final dans la bouteille pour aboutir au meilleur rapport prix/qualité/plaisir.

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© 2019 SARL Cavagisto - Régis GEORGES Sommelier Conseil - Saint-Égrève | Réalisation : GELAUFF.COM 
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